Mercredi 25 novembre 2009
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rance, 1830. Louis-Philippe d’Orléans profite du chaos qui règne pour mettre définitivement fin au règne des Bourbon et instaurer la monarchie constitutionnelle, à la mode anglaise. Il est
sacré Roi des Français.
Pourtant le règne de Louis-Philippe eut un effet inattendu : durant tout le temps qu’il fut sur le trône
(1830-1848) sévit de manière spectaculaire le romantisme français. Illustrée par la fameuse bataille d’Hernani où les romantiques s’opposeront aux classiques, la vague romantique fit écho sur
l’ensemble du territoire, se moquant des classes sociales. Plus qu’un phénomène littéraire, le romantisme fut une véritable phénomène de mode ; il influença l’esthétique vestimentaire, mais aussi
l’architecture et les coutumes et habitudes des français du XIXe siècle.
Le romantisme, et notamment les œuvres de Victor Hugo, chef de file des Jeunes-France, mirent fin aux codes vestimentaires classiques des costumes de théâtre (d’inspiration gréco-romaines).
Sur les planches s’enchaînaient des ballets d’acteurs flanqués à la médiévale ou à la Renaissance.
Cette nouveauté s’installa jusque dans les salons de la bonne compagnie, où des bals costumés en « genre
moyenâge » – pour employer le terme usité en ce temps – furent organisés. Les convives n’avaient qu’un désir : montrer à leur entourage qu’ils avaient le costume le plus historiquement proche de
la réalité.
Mais cette distraction ne tarda pas à sortir des salons, et l’on pu apercevoir dans les rues de Paris des
hommes et des femmes vêtues de souliers à la poulaine, de toques à créneaux, de pourpoints en velours, de manches à gigot et d’aumônières. On se croyait revenu au temps des Valois
!
Autre particularité de la nouvelle mode : alors que les femmes raffolaient de manches à gigots et de
coiffures flanquées de plumes d’autruche, les hommes, eux, portaient les cheveux longs et la barbe, comme Théophile Gautier.
Mais bien vite la mode changea avec l’arrivée du romantisme frénétique, inspirée par le roman gothique
anglais. La vie se teinta alors, à l’instar des romans de l’époque, de sombre.
Les étoffes autrefois diaprées devinrent noires ; les silhouettes jadis rondes se firent très fines, fragiles
; les teints devinrent maladifs, cadavériques, et la jeunesse d’alors semblait damnée, comme si le poids du monde lui pesait sur les épaules. Les romantiques portaient des noms « gothisés »
(Louis devint Loys ou Aloysius) et se donnaient des airs à la fois mélancoliques et sataniques,
au grand damne des bourgeois classiques.
Satanique… voilà l’adjectif qui qualifierait le mieux la jeunesse romantique sous la Monarchie de Juillet,
et
surtout leurs fêtes. Car elles étaient de véritables « orgies
» – entendons de nos jours « des beuveries théâtrales. »
Le punch – boisson à la mode chez les romantiques – étaient présentés dans de grands saladiers que l’on
faisait flamber – vision infernale ! – avant de le servir dans des crânes humains reconvertis en choppes. Il apparaît même une curieuse et terrifiante anecdote dans un exemplaire du
Romantisme et la mode1 que j’ai récemment acquis : lors d’une de ses orgies, on fit amener un squelette entier qui prit place dans un fauteuil, sous les regards effrayés des
hommes qui auparavant étaient occupés à vider leur punch dans les corsets des dames. Puis l’ont fit parler – grâce à un ventriloque – le curieux maître de cérémonie, qui défia les convives de
venir boire dans sa coupe. C’était là l’un des exemples de « baptêmes romantiques. »
Je passerai sur la manie des romantiques à fumer (ce qui était alors peu commun, et encore plus en public),
pour venir directement sur une autre grande influence de la « nouvelle école. »
Je disais plus haut qu’il y avait eu un engouement pour le « genre moyenâge » ; de la tenue vestimentaire, on
retrouva cette influence également dans le mobilier, mais aussi dans l’architecture : ce fut l’avènement du style néo-gothique que popularisa Viollet-le-Duc.
Des maisons à leur aménagement en passant par le mobilier et les accessoires – du bijou à la reliure de livre
– tout était gothique (ou plutôt d’inspiration gothique). On ne s’étonne donc guère de voir au Père-Lachaise un nombre important de chapelles néo-gothiques.
C’est peut-être la seule chose qui perdura, car toutes les modes sont vouées à disparaître un
jour.
La noirceur romantique s’estompa : on repris de la couleur, on repris des formes, on redevint raisonnable
dans tous les sens du terme ; bref ! on redevint classique. Et à l’aube de la nouvelle République, les romantiques redevinrent une élite artistique dont Baudelaire et Barbey d’Aurevilly furent
les derniers disciples. Baudelaire, d’Aurevilly, Sue… du romantisme au dandysme, il n’y avait qu’un pas, car l’Idéal était toujours à atteindre et la société était toujours aussi médiocre. Mais
là est une autre histoire…
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1 Le Romantisme et la Mode, Louis MAIGRON, 1911.
Par Beliath d'Eliancourt
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Publié dans : Culture & Art de vivre
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