Jeudi 26 novembre 2009
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coups sur ma porte me sortirent de ma torpeur.
– Allons, ma chère, cessez donc de faire la grasse soirée ; j’aimerai vous faire goûter aux joies de
Paris, me dit Stéphane d’une voix de petit garçon espiègle.
Je le fis patientez, le temps de me préparer et de me rendre présentable avant de le
voir.
J’avais mal au crâne. Sûrement un effet secondaire dû à l’absorption du sang de mon hôte. Son sang
faisait effet ; je n’avais aucun mal à utiliser les nombreux appareils dont était dotée la salle de bain. Néanmoins, même en cherchant bien, je n’arrivai pas à déceler la moindre information sur
le passé de Stéphane, comme j’avais pu le faire auparavant en buvant le sang d’Alexandre. Il avait certainement dosé de façon précise la quantité de sang qu’il m’avait donné afin que je
n’apprenne rien de plus que ce qu’il désirait.
Après avoir séché mes cheveux – qui se placèrent impeccablement autour de mon visage sans avoir eu
recours à une coiffure –, j’enfilai une tenue légère composée d’un chemisier dentelé et d’une jupe longue que je trouvai dans l’armoire ; j’y ajoutai un serre-taille pour affiner ma taille. Je
soupçonnai Madame Cinot d’avoir apporter des vêtements durant mon sommeil diurne.
Je chaussai des bottines et ouvris la porte de ma chambre, apercevant Stéphane, adossé contre le mur,
les bras croisé sur un costume noir qui lui seyait à merveille. Un bijou rouge sombre bordé d’angent fixé au nœud de sa cravate – de la même teinte – finissait de lui donner une touche à la fois
originale et raffinée.
– Permettez-moi de vous dire que cette robe vous va à ravir, Celia.
– Flatteur ! Décidément, les hommes n’ont pas changer en quelques siècles.
– Tant que cela reste sincère, je ne vois pas où est le mal. Ne voyez pas dans mon compliment une
quelconque façon de vous courtiser.
– Je l’espère, car ce n’est pas avec quelques flatteries que vous y parviendrez. Puis-je savoir où
nous allons ?
– Je vous le direz lorsque nous serons en route.
Nous sortîmes de notre antre souterraine et nous dirigeâmes vers la porte d’entrée. Je croisai Madame
Cinot qui me salua poliment et me demanda si les habits qu’elle m’avait apporté durant la journée étaient à mon goût. Je lui répondis que je les trouvais très beau, bien que je ne connaisse pas
assez la mode de ce siècle.
Hector nous attendait déjà devant la voiture. Il nous ouvrit la portière et m’aida à entrer dans le
véhicule. La berline démarra, rompant le silence de la nuit parisienne. Nous parcourûmes Paris, observant ses habitants. Même à cette heure tardive, les rues grouillaient de gens. Des touristes,
des salariés qui rentraient de leur travail, des troupeaux humains qui attendaient devant les derniers fast-foods ouverts et même un groupe de jeunes plutôt bizarres, qui gesticulaient comme des
demeurés sur le rythme d’une musique aux sons électroniques.
Nous pénétrâmes dans le XVIIe arrondissement. Les guirlandes colorés et les devantures
impeccables firent place aux ruelles tout juste éclairées par de faibles lampadaires. L’ambiance y était nettement moins chaleureuse.
– Où m’emmenez-vous ? demandai-je à Stéphane.
– Voyez-vous, Celia, les temps ont changé depuis votre disparition du monde des vampires. Nous ne
pouvons plus tuer nos proies comme vous l’avez fait la nuit dernière avec cette jeune fille. Les meurtres ne sont plus monnaie courante de nos jours et, bien que certains le refusent, nous devons
rester cachés aux yeux des mortels. Pour cela la plupart des vampires ont recours au Mécénat. Nous choisissons un ou plusieurs mortels dont nous nous abreuvons régulièrement sans qu’ils soient en
danger.
– C’est le Concilium qui a imposé cette règle ?
– Le Concilium ? s’exclama t-il stupéfait. Ma chère, voilà bien des années que le Concilium n’est
plus. Le siècle des Lumières fut un siècle de révoltes, aussi bien pour les mortels que pour les vampires.
– Mais alors, qui impose les règles ?
– Personne. Après la chute du Concilium, les meneurs de la rébellion ont mis en place quelques règles
de conduite, mais chacun est libre de les suivre où non. La seule règle qui régis notre race est celle-ci : « Ne mettez jamais en péril la race des Immortels. » Toute personne enfreignant cette
unique Loi sera condamnée à un sort peu enviable : la torture pour l’éternité. La Mort leur est interdite.
– Et donc vous aussi vous avez des… euh…
– Des Mécènes. Oui, j’en ai. Et je vous emmène dans un lieu où vous pourrez en trouver
également.
– Ces mortels sont-ils au courant de notre existence ?
– Oui. Mais un lien de sang les unis à nous. Ainsi nous pouvons les faire taire s’il y a un risque de
divulgation de notre secret.
– Un lien de sang… Vous m’aviez dit que les Cinot ne pouvaient pas vous trahir, ça voudrait dire
que…
– Ils furent mes Mécènes auparavant. Mais leur âge avancé, pour un mortel, les rendent impropre à la
consommation, si je puis dire. Leur prélever du sang risquerait de les tuer.
La voiture s’arrêta. Nous étions arrivés. Hector m’aida à sortir de la voiture et je me retrouvai dans
une petite rue peu engageante.
– Par ici, me dit Stéphane en me prenant par la main.
Nous nous dirigeâmes vers l’entrée une porte en bois encastrée dans le mur d’un immeuble. Le portier
nous salua avec diligence et nous pénétrâmes dans ce qui semblait être d’anciennes caves.
Aussitôt que nous eûmes franchi la porte, un bruit assourdissant me vrilla les oreilles. Un multitude
de personnes vêtues de façon fort étrange, principalement de noir, buvait, discutait et dansait aux rythmes – ou non – d’une musique déstructurée, violente et électronique.
Nous nous frayâmes un passage dans la foule afin d’atteindre, à l’autre bout de la salle, une grand
porte en bois, sur laquelle Stéphane frappa à plusieurs reprises. La porte s’ouvrit et nous pénétrèrent dans une pièce annexe qui, une fois la porte fermée, sembla complètement isolée du reste
des caves. La pièce, aussi grande que la salle que je venais que quitter, était meublée de chaises et de canapés de style baroque, en ébène, cloutés d’un tissu rouge. Quelques tables basses du
même style et des chandeliers dont les nombreuses bougies couleur sang éclairaient les convives, finissaient de donner une ambiance de boudoir vampirique. Un beau cliché pour cette
soirée.
Un homme de grande taille, aux larges épaules, à la chevelure d’encre ondulée, vêtu d’un magnifique
deux pièces de velours rouge, s’avança vers nous, un large sourire aux lèvres qui dévoilait ses crocs. Nous étions en présence de vampires.
– Stéphane ! s’écria l’homme. Ça me fait plaisir de te voir, mon ami !
– C’est réciproque, Alessandro, répondit mon compagnon.
Après une longue accolade, l’ami de Stéphane se tourna vers moi.
– Allons, allons, ça me fait très plaisir de te revoir, Stéphane, mais n’oublions pas la politesse.
Présente-moi donc ta charmante amie, que je n’aie pas eu le loisir de voir parmi nous, à moins que ma mémoire n’ait quelques problèmes.
– Voici Celia. Elle nous vient tout droit d’Italie.
– Enchanté de vous connaître, Madame, me dit Alessandro en me baisant la main.
– Mademoiselle, le corrigeai-je en souriant. Il en va également pour moi,
Monsieur.
– L’Italie ! s’exclama-t-il. J’en suis originaire moi aussi. D’où venez vous plus exactement ? De Rome ? De
Naples ?
– De Venise.
– La Cité des Doges ? Une ville magnifique, il est vrai. Magnifique et mystérieuse, comme vous,
Mademoiselle.
– Votre ami, dis-je à Stéphane, aime autant les flatteries que vous ?
– Ce n’est pas mon ami pour rien, me répondit-il en s’esclaffant.
Alessandro nous invita à s’asseoir avec lui, sur l’un des moelleux canapés qui trônaient dans la pièce. Alors qu’il discutait avec Stéphane, deux beaux jeunes gens vinrent vers nous.
Un garçon et une fille, tous deux blonds comme le blé et aux traits angéliques.
– Sire, dirent-ils en cœur.
Je compris qu’ils étaient les Mécènes de Stéphane. Quels beaux enfants que voilà !
Il prit la fille et lui ouvrit le poignet qu’elle lui tendait dévotement, laissant son sang se
déverser dans un verre en cristal que tenait ce qui semblait être son frère.
– Goûtez-le, me dit Stéphane en me donnant le verre. Son sang est particulièrement sucré. Cette jeune
femme est un délice, aussi bien pour le palais que pour les yeux.
Je portai la coupe à mes lèvres et bus délicatement, à petite gorgée, le précieux breuvage
vital.
– Succulent en effet, fis-je. Vous avez là une merveilleuse Mécène.
– Et quand est-il du votre Mademoiselle ? me demanda Alessandro.
– Je n’en ai pas pour l’instant, répondis-je.
– C’est d’ailleurs pour cette raison que je viens te voir, mon brave, dit Stéphane. Tu es le meilleur
chasseur de Mécènes que je connaisse et je voulais savoir si tu aurais quelques bons candidats à ce poste.
– Ma foi, je suis honoré de la confiance que tu me portes. Je ne pense pas en trouver de bons dans la
soirée qui se déroule à côté, mais j’organise un défilé pour présenter ma nouvelle gamme de vêtements, samedi prochain. Tous mes mannequins sont de futures Mécènes. Vous pourrez passer y faire un
tour et, si Mademoiselle le désire, elle pourra choisir l’un de mes mannequins comme Mécène.
– Ce serait en effet une très bonne idée, dis-je, heureuse.
– Et bien voilà qui est conclu ! Un instant, je vais vous donner l’adresse du lieu du
défilé.
Le reste de la soirée se passa sans accrocs. La discussion prit fin et l’on entama les festivités. La
plupart des bougies furent éteintes afin de plonger la pièce dans un ambiance plus propice à ce moment à la fois carnassier, poétique et sensuel. Les deux beaux Mécènes de Stéphane s’adonnèrent à
nous, offrant leurs corps aux Dieux des Ténèbres que nous étions. Je savourai ce met délicat qu’était leur sang, plantant mes crocs dans leurs bras, leurs poitrines, leurs cuisses et leurs cous.
Leur chair rose succomba sous l’étreinte brûlante de mes baisers. Un pur moment d’extase, qui cessa bien vite à mon goût, l’impératif de laisser les mortels en vie étant la règle
d’or.
Stéphane donna à chacun de ses Mécènes un verre de son propre sang, afin que ceux-ci soigne
immédiatement leurs blessures. Ce don sanglant, m’expliqua Stéphane, avait aussi pour effet de rendre les mortels jeunes et forts, même si cela ne durait que quelques années et non pas
l’éternité, comme pour nous autres vampires.
Alessandro nous informa que le soleil se lèvera dans moins de deux heures et qu’il serait plus prudent
de partir dès maintenant. Nous prîmes donc le chemin de la sortie, serpentant entre les mortels à moitié ivres qui zigzaguaient dans les caves.
– Alors, comment avez-vous trouvé cette soirée ? me demanda Stéphane en me tenant la porte d’entrée,
le portier s’étant manifestement endormi.
– C’était vraiment sympathi… Attention ! hurlai-je.
Un homme s’était élancé, épée au poing, vers nous.
– Le Traître doit mourir ! beugla t-il.
Stéphane me poussa sur le côté pour me protéger et reçu un coup dans l’épaule, poussant un terrible
hurlement qui résonna dans la rue. L’assaillant attaqua de nouveau, prenant la poignée à deux main et la faisant tournoyer autour de sa tête. Le vampire attrapa les poignets de l’homme et
retourna l’arme contre son possesseur, lui arrachant la cage thoracique. Je ne l’avais jamais vu autant en colère. Il était possédé par la même entité bestiale qui avait fait surface cette triste
nuit où mon aimée, ma tendre Adeline, avait rendu l’âme.
L’homme, à l’allure de clochard avec ses cheveux et sa barbe hirsutes, s’écroula contre terre dans un
dernier râle. Je restai là, paralysée par la peur. Stéphane était penché sur le cadavre.
– L’Ordo Patronorum, souffla t-il. Ça faisait longtemps…
Par Beliath d'Eliancourt
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Publié dans : Oeuvres personnelles
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Mercredi 25 novembre 2009
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rance, 1830. Louis-Philippe d’Orléans profite du chaos qui règne pour mettre définitivement fin au règne des Bourbon et instaurer la monarchie constitutionnelle, à la mode anglaise. Il est
sacré Roi des Français.
Pourtant le règne de Louis-Philippe eut un effet inattendu : durant tout le temps qu’il fut sur le trône
(1830-1848) sévit de manière spectaculaire le romantisme français. Illustrée par la fameuse bataille d’Hernani où les romantiques s’opposeront aux classiques, la vague romantique fit écho sur
l’ensemble du territoire, se moquant des classes sociales. Plus qu’un phénomène littéraire, le romantisme fut une véritable phénomène de mode ; il influença l’esthétique vestimentaire, mais aussi
l’architecture et les coutumes et habitudes des français du XIXe siècle.
Le romantisme, et notamment les œuvres de Victor Hugo, chef de file des Jeunes-France, mirent fin aux codes vestimentaires classiques des costumes de théâtre (d’inspiration gréco-romaines).
Sur les planches s’enchaînaient des ballets d’acteurs flanqués à la médiévale ou à la Renaissance.
Cette nouveauté s’installa jusque dans les salons de la bonne compagnie, où des bals costumés en « genre
moyenâge » – pour employer le terme usité en ce temps – furent organisés. Les convives n’avaient qu’un désir : montrer à leur entourage qu’ils avaient le costume le plus historiquement proche de
la réalité.
Mais cette distraction ne tarda pas à sortir des salons, et l’on pu apercevoir dans les rues de Paris des
hommes et des femmes vêtues de souliers à la poulaine, de toques à créneaux, de pourpoints en velours, de manches à gigot et d’aumônières. On se croyait revenu au temps des Valois
!
Autre particularité de la nouvelle mode : alors que les femmes raffolaient de manches à gigots et de
coiffures flanquées de plumes d’autruche, les hommes, eux, portaient les cheveux longs et la barbe, comme Théophile Gautier.
Mais bien vite la mode changea avec l’arrivée du romantisme frénétique, inspirée par le roman gothique
anglais. La vie se teinta alors, à l’instar des romans de l’époque, de sombre.
Les étoffes autrefois diaprées devinrent noires ; les silhouettes jadis rondes se firent très fines, fragiles
; les teints devinrent maladifs, cadavériques, et la jeunesse d’alors semblait damnée, comme si le poids du monde lui pesait sur les épaules. Les romantiques portaient des noms « gothisés »
(Louis devint Loys ou Aloysius) et se donnaient des airs à la fois mélancoliques et sataniques,
au grand damne des bourgeois classiques.
Satanique… voilà l’adjectif qui qualifierait le mieux la jeunesse romantique sous la Monarchie de Juillet,
et
surtout leurs fêtes. Car elles étaient de véritables « orgies
» – entendons de nos jours « des beuveries théâtrales. »
Le punch – boisson à la mode chez les romantiques – étaient présentés dans de grands saladiers que l’on
faisait flamber – vision infernale ! – avant de le servir dans des crânes humains reconvertis en choppes. Il apparaît même une curieuse et terrifiante anecdote dans un exemplaire du
Romantisme et la mode1 que j’ai récemment acquis : lors d’une de ses orgies, on fit amener un squelette entier qui prit place dans un fauteuil, sous les regards effrayés des
hommes qui auparavant étaient occupés à vider leur punch dans les corsets des dames. Puis l’ont fit parler – grâce à un ventriloque – le curieux maître de cérémonie, qui défia les convives de
venir boire dans sa coupe. C’était là l’un des exemples de « baptêmes romantiques. »
Je passerai sur la manie des romantiques à fumer (ce qui était alors peu commun, et encore plus en public),
pour venir directement sur une autre grande influence de la « nouvelle école. »
Je disais plus haut qu’il y avait eu un engouement pour le « genre moyenâge » ; de la tenue vestimentaire, on
retrouva cette influence également dans le mobilier, mais aussi dans l’architecture : ce fut l’avènement du style néo-gothique que popularisa Viollet-le-Duc.
Des maisons à leur aménagement en passant par le mobilier et les accessoires – du bijou à la reliure de livre
– tout était gothique (ou plutôt d’inspiration gothique). On ne s’étonne donc guère de voir au Père-Lachaise un nombre important de chapelles néo-gothiques.
C’est peut-être la seule chose qui perdura, car toutes les modes sont vouées à disparaître un
jour.
La noirceur romantique s’estompa : on repris de la couleur, on repris des formes, on redevint raisonnable
dans tous les sens du terme ; bref ! on redevint classique. Et à l’aube de la nouvelle République, les romantiques redevinrent une élite artistique dont Baudelaire et Barbey d’Aurevilly furent
les derniers disciples. Baudelaire, d’Aurevilly, Sue… du romantisme au dandysme, il n’y avait qu’un pas, car l’Idéal était toujours à atteindre et la société était toujours aussi médiocre. Mais
là est une autre histoire…
____________________
1 Le Romantisme et la Mode, Louis MAIGRON, 1911.
Par Beliath d'Eliancourt
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Publié dans : Culture & Art de vivre
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Jeudi 29 octobre 2009
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’entendis d’abord le vrombissement d’une de ces étranges voitures. Puis je la vis faire un virage sur
la petite place adjacente à la ruelle où je me tenais présentement et s’arrêter face à moi. La lueur des phares m’éblouit. La lumière était puissante. Je me couvris le visage
de mes bras et hurlais. Quel était donc ce soleil qui osait braver la nuit pour me brûler ?
Mais le soleil ne me brûla pas. Je compris à cet instant que cette lumière était aussi artificielle et inoffensive que celle que dégageaient les réverbères. Elle s’estompa légèrement.
Quelqu’un venait de se poster devant la capot de la voiture. L’odeur que j’avais senti un instant plus tôt se fit plus forte. C’était de lui qu’elle émanait. C’était celle d’un vampire, certes,
mais pas de n’importe lequel. J’aurais pu reconnaître la reconnaître parmi mille autres. C’était l’odeur d’Alexandre !
Une autre personne sortit de la voiture et vint à ma rencontre. Etant en contre-jour, je ne pouvais la voir distinctement. Je serrais fermement la poignée de mon épée.
– Abaissez donc votre lame, madame, nous ne vous voulons aucun mal, dit l’homme qui me faisait face.
– Mademoiselle, le corrigeai-je.
– Pardonnez-moi… mademoiselle.
– Vous n’êtes pas un Immortel.
– Si vous savez cela, vous devez également savoir que rien n’est plus important à mes yeux que l’honneur. Et je puis vous jurez , mademoiselle, que nous ne vous voulons aucun mal.
– Nous ?
– Monsieur saura mieux vous expliquer. D’ailleurs, il vous attend.
Je levai, regardai par dessus l’épaule de mon interlocuteur et vis que le vampire avait disparu.
– Il est dans la voiture, mademoiselle. N’ayez crainte, je m’occupe du cadavre, dit-il en désignant la jeune fille que j’avais tué quelques minutes plus tôt.
J’abaissai ma garde et me dirigeai vers la voiture. C’était une berline noire. La portière arrière s’ouvrit lorsque je passai à côté.
– Veuillez vous asseoir, me dit une voix étrangement familière.
Je pris place dans la voiture et fermai la portière. Je tournai la tête afin de regarder plus attentivement mon voisin. La lumière d’un réverbère situé à proximité me permit d’affirmer mes
soupçons.
– Comment allez-vous ? me dit-il.
– C’est une illusion, fit-je.
– Que nenni ma chère.
– Vous êtes mort.
– Tout comme vous.
– Ne jouez pas au plus malin avec moi.
– Alors laisser moi… vous éclairez.
Il leva le bras et alluma la lampe située au plafond. Une faible lumière emplit la voiture. Alexandre était resté le même. Ses longs cheveux châtain ondulés encadrait son visage d’ange.
Sur sa bouche fine se dessinait le même sourire qui m’avait rendu folle amoureuse à notre première rencontre, le soir du bal à la demeure vénitienne des Leone. Mais quelque chose avait changé ;
quelque chose de presque imperceptible. A y regarder plus attentivement, je vis d’où venait ce changement. Ces yeux. Leur teinte noisette dorée avait laisser place à deux émeraudes aussi vives
que celles d’Adeline.
– Qui êtes-vous ? m’exclamais-je, surprise devant ce parfait sosie d’Alexandre.
– Mon aïeul, Alexandre de Chartres est bel et bien mort. Le fait que vous tenez actuellement son épée en est la preuve. Je suis Stéphane de Chartres, son descendant.
– Vous êtes un vampire.
– Quel perspicacité !
– Comment cela ce fait-il ? Alexandre n’as pu engendrer de descendant après sa non-mort. Et il me paraissait jeune.
– Il l’était. Voyez-vous, la lignée De Chartres est la cible d’une malédiction. Une partie de notre famille est composée de vampires. Mais nous ne sommes pas devenus Immortels après le Don
Obscur.
– Je ne comprends pas…
– Nous avons le Don Obscur en nous depuis notre naissance.
– Je vous demande pardon ?
– Vous avez très bien entendu, ma chère. Depuis notre naissance. Notre état vampirique est évolutif et se met en place par phases.
– C’est-à-dire ?
– Nous avons depuis notre petite enfance des troubles du sommeil, nous dormons le jour et vivons la nuit. Puis, à notre puberté, nous sentons le besoin de boire du sang. Lorsque nous avons
une vingtaine d’années, notre corps arrête de muter. Nous ne grandissons plus, nous ne vieillissons plus. Et quelques années après nous mourrons étrangement, d’un cancer, de la peste ou de
quelque autre maladie incurable. C’est à ce moment que nous nous éveillons aux Ténèbres.
– Je n’ai jamais entendu parler d’une histoire aussi tordue !
– C’est pourtant la vérité. Notre lignée est victime d’une malédiction de presque un millénaire. Nous savons environ quand elle a débuté, mais nous ignorons où et comment. Nous savons
seulement qu’elle aurait un lien avec les origines de notre race.
– Ce qui expliquerait pourquoi Alexandre faisait tant de recherche…
– Oui. Il ne cherchait pas seulement l’origine des vampires. Il cherchait également l’origine de ce Mal qui nous ronge depuis trop longtemps.
Le coffre de la voiture s’ouvrit puis se referma. Le mortel qui était venu à moi prit place au volant.
– J’ai effacé toute preuve du meurtre, monsieur. Nous allons passez devant les quais afin de nous débarrasser du corps, puis je vous raccompagnerai chez vous, informa t-il
Stéphane.
– Très bien, Hector.
– Dois-je trouver un hôtel pour mademoiselle ?
– Ne vous inquiétez pas pour ça, mon brave, demoiselle Celia a déjà un lit de prévu à son attention.
– Fort bien, monsieur.
Hector se cala dans son siège et fit reculer la voiture, avant de nous emmener dans les rues parisiennes. Nous rejoignîmes le boulevard de Sébastopol, puis prîmes l’avenue Victoria afin de
d’accéder aux quais. Nous tournâmes à droite et longeâmes les quais de la Mégisserie, du Louvre et François Mitterrand pour nous éloigner le plus possible de l’afflux touristique qui était
agglutiné devant l’île de la Cité et les joyaux architecturaux qu’elle abritait.
Nous nous arrêtâmes enfin. Stéphane et Hector sortirent de la voiture afin de jeter le corps de ma victime dans les eaux noires de la Seine. Je profitai de l’absence momentanée des deux
hommes pour contempler à travers la vitre arrière les deux chef-d’œuvres de l’île de la Cité : la Sainte Chapelle et la cathédrale de Notre-Dame. Je m’émerveillais autrefois devant la beauté de
Venise, mais Paris regorgeait tout autant d’endroit exquis et de merveilles d’architecture.
– Magnifique, n’est-ce pas ?
Je sursautai. Je n’avais pas entendu Stéphane revenir dans la berline.
– Ne vous inquiétez pas, ma chère, vous aurez toute l’éternité pour allez les admirer de plus près. En attendant, je vais vous faire découvrir une autre merveilles parisiennes : les
Catacombes. C’est là-bas que ce situe ma demeure, continua t-il.
Hector repris sa place dans la voiture et mis le contact.
– Vous vivez sous terre ? m’étonnai-je.
– Oui. Cela nous permet de ne pas éveiller de soupçons auprès des mortels. Mais n’ayez crainte, même s’ils visitent de temps en temps les Catacombes, les mortels n’ont accès qu’à une
infime partie de celles-ci. Elles s’étendent sur près de trois cents kilomètres. Et j’en ai fait aménager une partie afin d’y habiter. C’est très cossu, vous verrez.
Le moteur s’emballa. La voiture avança de nouveau dans la nuit, éclairant la route de ses phares, tels la torche dont Charon éclaire les eaux funèbres du Styx. Cette comparaison n’était
d’ailleurs pas totalement fausse puisque je m’apprêtais à quitter le monde des « vivants » (Paris en surface) pour visiter celui des morts (les Catacombes).
Après plusieurs minutes de route, la voiture s’arrêta.
– Nous y sommes, m’informa Stéphane.
Il sortit de la berline, vint m’ouvrir la portière et m’aida à descendre du véhicule.
– Où sommes-nous ? demandais-je.
– A quelques pas de l’entrée de ma demeure. Cette appartement, me dit-il en m’indiquant un porte ouvragée typique des appartements parisiens du XIXe siècle, appartient à ma famille depuis
plus d’un siècle. Elle donne accès à une partie des Catacombes dont même les plus grands cataphiles ignorent l’existence.
– Quelqu’un habite dans l’appartement durant la journée ?
– Seulement Hector et son épouse. Mais n’ayez crainte, leur famille est liée à la mienne par le sang. Lui et sa femme sont les Gardiens du Secret. Ils sont loyaux et ne nous chercheront
noises.
Je jetai un œil à Hector. A vrai dire, c’était la première fois que le regardais en face, sans être éblouie par les phares de la voiture. Il était grand, robuste et devait bien avoir la
cinquantaine au vue de la toison grisâtre qui lui recouvrait le crâne. Alors même que je le fixai, il resta impassible. Il paraissait dur et froid mais les pattes d’oies qui ornait ses yeux bruns
s’étirait en un regard complic. C’était un homme bon, loyal et honnête, comme il y en avait peu, ça se sentait à l’aura qu’il dégageait. Il me mettait en confiance.
– Je suis heureuse qu’une personne telle que vous veille sur mon sommeil, Hector, dis-je au chauffeur.
– Vous m’en voyez flatté, mademoiselle, dit-il en inclinant la tête respectueusement.
Stéphane me prit par la main.
– Ne tardons pas trop, Celia, le soleil se lèvera bientôt, dit-il.
Hector nous devança et nous ouvrit la porte. Puis il se chargea de débarrasser Stéphane de sa veste. Nous allions prendre l’accès qui menait à ce qui semblait être une cave, lorsque le
vampire se retourna.
– J’oubliais… Hector, pourriez-vous demander à Helena de passer demain soir ?
– Bien entendu, monsieur.
– Très bien.
Puis il se tourna vers moi.
– Souffrez que je passe devant vous. Il serait fâcheux que vous tombiez dans les escaliers.
– Mais je vous en prie, lui dis-je avec un petit sourire.
Stéphane me tendit sa main et m’aida à descendre les marches qui menait à la cave. Ca et là, des cartons des divers outils métalliques dont j’ignorais le nom en ce temps – tels que les
vélos – envahissait le petit espace. Au fond de la cave, ce trouvait une étroite porte métallique. Nous nous avançâmes vers celle-ci et Stéphane appuya sur un bouton lumineux situé à droite de la
porte. Soudain, elle s’ouvrit en coulissant sur le côté. Devant ma stupéfaction, le vampire émit un petit rire.
– Ce n’est rien, juste un ascenseur, m’informa t-il pendant que nous entrâmes dans le petit espace.
– Un ascenseur ?
– Oui. C’est un appareil électrique permettant de transporter des charges d’un étage à un autre sans que celles-ci ne se déplacent.
– Je ne comprends rien de ce que vous dites.
– Comment ?!
– Cela fait trois siècles que j’étais en sommeil. Je ne sais rien de se qui s’est passé durant tout ce temps. Je pensais que vous le saviez.
– Je l’ignorais totalement.
– Alors comment ce fait-il que vous m’ayez trouver cette nuit ? Ne m’attendiez vous pas ?
– Et bien non, mademoiselle. Je rentrais d’une course nocturne quand j’ai senti l’aura d’un vampire. J’ai donc demandé à Hector de m’emmener dans cette rue. Quelle fut ma surprise quand je
vous vîtes, vous, Celia, devant ce cadavre de jeune fille !
– Comment m’aviez-vous reconnu ?
– Un portrait de vous était présent dans une ancienne demeure de ma famille. Il avait été envoyé en France par les domestiques d’Alexandre de Chartres, après la subite disparition de
celui-ci, comme l’ensemble de ses biens.
– Je comprends mieux à présent.
Après un léger soubresaut, l’ascenseur s’arrêta et la porte métalliques coulissa à nouveau. La pièce dans laquelle nous nous trouvions à présent était très sombre et étroite. Je compris bien vite
que nous étions devant une porte de chêne massif. Stéphane la poussa et m’invita à entrez dans ce qui semblait être salon. Il était spacieux, blanc et fortement éclairé par un immense lustre de
pierreries. Des cadres et autres tapisseries d’inspirations médiévales couvraient les murs. Une grande table rectangulaire en bois recouverte d’une nappe bordeaux trônait en son centre. Des
sièges à haut dossier l’encadraient. Tout dans cette pièce, respirait le faste.
La grande porte qui nous faisait face s’entrebâilla, laissant passer une petite femme aux allures de grand mère.
– Bonsoir madame Cinot ! lança Stéphane à la vieille femme.
– Ah, monsieur de Chartres, vous voilà de retour, je commençais à m’inquiéter, dit la femme sur un ton bienveillant.
– Que vouliez vous donc qu’il m’arrive ? dit-il en souriant.
Il se tourna vers moi et me présenta à la vieille femme.
– Voici madame Elizabeth Cinot, la femme d’Hector. Elle s’occupera de vous. Si vous avez besoin de quoi que se soit, demandez lui. Madame, je vous présente demoiselle Celia, mon invitée,
dit-il à madame Cinot. Veuillez lui montrer ses appartements, voulez-vous ? enjoignit-il la vieille femme.
– Bien, monsieur.
Après les politesses d’usage, elle m’accompagna dans la demeure souterraine. Nous entrâmes dans un large couloir et passâmes devant de nombreuses portes avant qu’elle ne s’arrêta.
– Voici votre chambre, mademoiselle, me dit gentiment la femme.
Elle ouvrit la porte et m’invita à entrer dans la pièce. C’était une chambre assez grande, aux murs nus, composée d’un grand lit à baldaquin, d’une armoire. Il y avait deux portes qui
menait sûrement aux deux autres salles que m’indiqua madame Cinot : une salle de bain et un bureau.
– Si vous souhaitez m’appelez, appuyez sur ce bouton, j’arriverai le plus vite possible, me dit-elle en me montrant une petite sonnette située à côté de la porte. Sur ce, je vous laisse,
mademoiselle. Bonne… journée !
– Merci bien.
Je lui rendis son sourire. Elle me mettait autant à l’aise que son époux.
Après que la porte eut été fermée, j’entrepris de me déshabiller pour enfiler une tenue plus légère. Je n’étais pas habitué à porter ce genre d’habit, notamment les bottes ferrées qui
pesaient lourds. J’eu à peine le temps de mettre un chemise de nuit que l’on frappa à ma porte.
– Qui est-ce ? demandais-je.
– C’est moi, dit la voix de madame Cinot. Pouvez-vous m’ouvrir, j’ai les bras chargés.
D’un seule enjambée je fut près de la porte et je tournai la poignée. La vieille femme était sur le seuil, tenant un plateau argenté où était posé un verre et un mot. Son autre main
était chargée d’une étui à guitare.
– Monsieur Chartres m’a demander de vous apporter ceci.
– Laissez-moi vous débarrasser, ce doit être lourd pour vous ! m’exclamai-je en avançant les bras pour les porter secours.
– Ce n’est rien, je suis plus costaude que vous ne le penser !
Elle posa le plateau sur la table de chevet et l’étui à guitare sur le lit.
– Qu’est-ce donc ? demandai-je en regardant l’étui.
– Votre épée. De nos jours, il est interdit de porter une arme blanche sur soi, même pour se défendre. Si vous voulez l’emporter avec vous dans la rue, mettez la dans cette étui, ce sera
plus discret.
– Très bien, merci pour vos conseils.
Elle m’accorda un dernier sourire et repartit. Je m’assis sur le lit et regardai le contenu du verre qu’elle m’avait apporté. Du sang ! Je pris le mot qui accompagnait le verre et y
lu :
« Chère Celia,
Je me suis permis de vous faire apporter un verre de sang. Ceci n’est pas n’importe quel sang, mais le mien. Il vous permettra d’assimiler toutes les choses que vous n’avez pu voir durant votre
long sommeil. N’ayez crainte si après l’absorption de ce verre, votre esprit devient flou, c’est un effet normal. Il faut un certain temps pour que votre cerveau s’habitue à toutes les images qui
vont se succéder dans votre tête. Un bonne journée de repos vous permettra d’y voir plus clair.
Bonne journée,
Stéphane.»
Je souris. Quelle touchante attention de sa part. Je déposai le mot et pris le verre. Je portai le précieux liquide vampirique à mes lèvres et le bu à petite gorgée. Il était aussi bon que
celui d’Alexandre, avec en plus un léger parfum exotique.
Je reposai le verre sur le plateau et attendis. Rien ne se passa. Puis une affreuse migraine me pris la tête. Comme Stéphane me l’avait dit dans sa courte lettre, des flots d’images
submergèrent mon esprit. J’y vis des guerres, des inventions, des révolutions. Un véritable capharnaüm pictural défila devant mes yeux ébahis. Puis plus rien. Le vide total. Mes paupières
devinrent subitement lourdes et je sombrai, malgré moi, dans un sommeil sans rêves.
Par Beliath d'Eliancourt
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Mardi 13 octobre 2009
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19:52
a
mort, en 1847, de la courtisane la plus prisée de la capitale, Marie Duplessis, émut la société mondaine parisienne. En 1848, Alexandre Dumas fils, un des amants de cette jeune femme, reprit
l’histoire de la défunte pour en faire un roman, La Dame aux Camélias, œuvre romantique qui inspira par la suite nombre de ballets et opéras.
Après l’achat d’un livre ayant appartenu à la courtisane Marguerite Gautier, le narrateur fait la
connaissance d’un jeune homme souhaitant récupérer cet objet. Se faisant connaître sous le nom d’Armand Duval, il conte au narrateur l’histoire qui le lie à la défunte.
Fils d’une famille respectable, Armand tomba éperdument amoureux de Marguerite Gautier, la courtisane qui
faisait tourner la tête de tous les grands noms de la jeunesse dorée parisienne.
Touchée par les sentiments purs de ce garçon, Marguerite succomba à cette folie auquel elle n’avait jamais
goûté : l’amour. Elle alla jusqu’à renoncer, pour Armand, à sa vie de péché et au luxe qu’elle lui procurait.
Mais l’idylle ne dura que quelques mois ; Marguerite lui écrivit une lettre dans laquelle elle disait qu’elle
était désormais avec un autre homme, qu’elle avait repris sa vie de courtisane.
Trahi, blessé à vif par ce coup inattendu, le jeune homme fut submergé par ce sentiment qui remplace l’amour
lorsque celui-ci est perdu : la haine. Il entreprend donc tout ce qui est en son possible pour faire souffrir Marguerite et la punir de sa sottise. Un plan machiavélique qui sera fatal à la jeune
femme… qui gardera avec elle le douloureux et honorable secret de « trahison ».
Ce n’est pas tant pour l’originalité du récit que La Dame aux Camélias est intéressant, mais pour la
richesse et la véracité des sentiments intemporels qui le parcourent. L’amour, la détresse, la tristesse et la haine d’Armand y sont peints de la façon la plus simple et la plus sensible.
L’empathie agit de suite et l’on se laisse bercer dans ce récit, où l’on arrive aisément à prendre le rôle d’Armand, à ressentir ce qu’il ressent : sentir un sourire se dessiner sur nos lèvres
lorsqu’il vécut son idylle, verser une larme lorsqu’il fut trahi… A bien y voir, on y retrouve les sentiments qui firent la renommée des Hauts de Hurlevent.
Par Beliath d'Eliancourt
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Jeudi 8 octobre 2009
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’est en 1820 que le révérend père protestant Charles Robert Mathurin publia ce qui peut-être la dernière
grande œuvre gothique littéraire.
Résumé Melmoth serait une tâche ardue, si ce n’est impossible. C’est un
livre-labyrinthe, où à travers de nombreuses histoires, on suit les pas de Melmoth, l’Homme errant, qui semble porter avec lui un infernal fardeau.
L’histoire débute avec la mort de d’un des descendants de Melmoth, lorsque le jeune John Melmoth découvre dans une pièce inhabitée du domaine le portrait de son ancêtre, qui lui fit un très vif
effet.
Puis, lors d’un tempête qui fit échoué un bateau prêt des terres de sa famille, John Melmoth fais la connaissance d’un naufragé, Alonzo Monçada qui lui raconte, après avoir découvert l’identité
de son hôte, sa propre histoire dans laquelle intervint l’Homme errant.
Avec ses lieux obscures, ses douleurs, ses souffrances et ses évènements fantastico-horrifiques, où l’innocence des protagonistes est sans cesse souillé par l’élément central de l’intrigue,
Melmoth s’inscrit dans la droite lignée du roman gothique.
Cet œuvre fit un important effet chez les auteurs du XIXe siècle ; Baudelaire lui-même, fasciné par ce récit, voulu traduire ce livre afin d’offrir aux Français ce récit infernal.
Je ne pourrais en dire plus sur Melmoth ; ce pavé de plus de 600 pages ne se raconte pas, il est comme ses choses qui ne se comprennent véritablement que lorsqu’on les a
expérimentées.
Par Beliath d'Eliancourt
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