Jeudi 29 octobre 2009
’entendis d’abord le vrombissement d’une de ces étranges voitures. Puis je la vis faire un virage sur la petite place adjacente à la ruelle où je me tenais présentement et s’arrêter face à moi. La lueur des phares m’éblouit. La lumière était puissante. Je me couvris le visage de mes bras et hurlais. Quel était donc ce soleil qui osait braver la nuit pour me brûler ?
  Mais le soleil ne me brûla pas. Je compris à cet instant que cette lumière était aussi artificielle et inoffensive que celle que dégageaient les réverbères. Elle s’estompa légèrement. Quelqu’un venait de se poster devant la capot de la voiture. L’odeur que j’avais senti un instant plus tôt se fit plus forte. C’était de lui qu’elle émanait. C’était celle d’un vampire, certes, mais pas de n’importe lequel. J’aurais pu reconnaître la reconnaître parmi mille autres. C’était l’odeur d’Alexandre !
  Une autre personne sortit de la voiture et vint à ma rencontre. Etant en contre-jour, je ne pouvais la voir distinctement. Je serrais fermement la poignée de mon épée.
  – Abaissez donc votre lame, madame, nous ne vous voulons aucun mal, dit l’homme qui me faisait face.
  – Mademoiselle, le corrigeai-je.
  – Pardonnez-moi… mademoiselle.
  – Vous n’êtes pas un Immortel.
  – Si vous savez cela, vous devez également savoir que rien n’est plus important à mes yeux que l’honneur. Et je puis vous jurez , mademoiselle, que nous ne vous voulons aucun mal.
  – Nous ?
  – Monsieur saura mieux vous expliquer. D’ailleurs, il vous attend.
  Je levai, regardai par dessus l’épaule de mon interlocuteur et vis que le vampire avait disparu.
  – Il est dans la voiture, mademoiselle. N’ayez crainte, je m’occupe du cadavre, dit-il en désignant la jeune fille que j’avais tué quelques minutes plus tôt.
  J’abaissai ma garde et me dirigeai vers la voiture. C’était une berline noire. La portière arrière s’ouvrit lorsque je passai à côté.
  – Veuillez vous asseoir, me dit une voix étrangement familière.
  Je pris place dans la voiture et fermai la portière. Je tournai la tête afin de regarder plus attentivement mon voisin. La lumière d’un réverbère situé à proximité me permit d’affirmer mes soupçons.
  – Comment allez-vous ? me dit-il.
  – C’est une illusion, fit-je.
  – Que nenni ma chère.
  – Vous êtes mort.
  – Tout comme vous.
  – Ne jouez pas au plus malin avec moi.
  – Alors laisser moi… vous éclairez.
  Il leva le bras et alluma la lampe située au plafond. Une faible lumière emplit la voiture. Alexandre était resté le même. Ses longs cheveux châtain ondulés encadrait son visage d’ange. Sur sa bouche fine se dessinait le même sourire qui m’avait rendu folle amoureuse à notre première rencontre, le soir du bal à la demeure vénitienne des Leone. Mais quelque chose avait changé ; quelque chose de presque imperceptible. A y regarder plus attentivement, je vis d’où venait ce changement. Ces yeux. Leur teinte noisette dorée avait laisser place à deux émeraudes aussi vives que celles d’Adeline.
  – Qui êtes-vous ? m’exclamais-je, surprise devant ce parfait sosie d’Alexandre.
  – Mon aïeul, Alexandre de Chartres est bel et bien mort. Le fait que vous tenez actuellement son épée en est la preuve. Je suis Stéphane de Chartres, son descendant.
  – Vous êtes un vampire.
  – Quel perspicacité !
  – Comment cela ce fait-il ? Alexandre n’as pu engendrer de descendant après sa non-mort. Et il me paraissait jeune.
  – Il l’était. Voyez-vous, la lignée De Chartres est la cible d’une malédiction. Une partie de notre famille est composée de vampires. Mais nous ne sommes pas devenus Immortels après le Don Obscur.
  – Je ne comprends pas…
  – Nous avons le Don Obscur en nous depuis notre naissance.
  – Je vous demande pardon ?
  – Vous avez très bien entendu, ma chère. Depuis notre naissance. Notre état vampirique est évolutif et se met en place par phases.
  – C’est-à-dire ?
  – Nous avons depuis notre petite enfance des troubles du sommeil, nous dormons le jour et vivons la nuit. Puis, à notre puberté, nous sentons le besoin de boire du sang. Lorsque nous avons une vingtaine d’années, notre corps arrête de muter. Nous ne grandissons plus, nous ne vieillissons plus. Et quelques années après nous mourrons étrangement, d’un cancer, de la peste ou de quelque autre maladie incurable. C’est à ce moment que nous nous éveillons aux Ténèbres. 
  – Je n’ai jamais entendu parler d’une histoire aussi tordue !
  – C’est pourtant la vérité. Notre lignée est victime d’une malédiction de presque un millénaire. Nous savons environ quand elle a débuté, mais nous ignorons où et comment. Nous savons seulement qu’elle aurait un lien avec les origines de notre race.
  – Ce qui expliquerait pourquoi Alexandre faisait tant de recherche…
  – Oui. Il ne cherchait pas seulement l’origine des vampires. Il cherchait également l’origine de ce Mal qui nous ronge depuis trop longtemps.
  Le coffre de la voiture s’ouvrit puis se referma. Le mortel qui était venu à moi prit place au volant.
  –  J’ai effacé toute preuve du meurtre, monsieur. Nous allons passez devant les quais afin de nous débarrasser du corps, puis je vous raccompagnerai chez vous, informa t-il Stéphane.
  – Très bien, Hector.
  – Dois-je trouver un hôtel pour mademoiselle ?
  – Ne vous inquiétez pas pour ça, mon brave, demoiselle Celia a déjà un lit de prévu à son attention.
  – Fort bien, monsieur.
  Hector se cala dans son siège et fit reculer la voiture, avant de nous emmener dans les rues parisiennes. Nous rejoignîmes le boulevard de Sébastopol, puis prîmes l’avenue Victoria afin de d’accéder aux quais. Nous tournâmes à droite et longeâmes les quais de la Mégisserie, du Louvre et François Mitterrand pour nous éloigner le plus possible de l’afflux touristique qui était agglutiné devant l’île de la Cité et les joyaux architecturaux qu’elle abritait.
  Nous nous arrêtâmes enfin. Stéphane et Hector sortirent de la voiture afin de jeter le corps de ma victime dans les eaux noires de la Seine. Je profitai de l’absence momentanée des deux hommes pour contempler à travers la vitre arrière les deux chef-d’œuvres de l’île de la Cité : la Sainte Chapelle et la cathédrale de Notre-Dame. Je m’émerveillais autrefois devant la beauté de Venise, mais Paris regorgeait tout autant d’endroit exquis et de merveilles d’architecture.
  – Magnifique, n’est-ce pas ?
  Je sursautai. Je n’avais pas entendu Stéphane revenir dans la berline.
  – Ne vous inquiétez pas, ma chère, vous aurez toute l’éternité pour allez les admirer de plus près. En attendant, je vais vous faire découvrir une autre merveilles parisiennes : les Catacombes. C’est là-bas que ce situe ma demeure, continua t-il.
  Hector repris sa place dans la voiture et mis le contact.
  – Vous vivez sous terre ? m’étonnai-je.
  – Oui. Cela nous permet de ne pas éveiller de soupçons auprès des mortels. Mais n’ayez crainte, même s’ils visitent de temps en temps les Catacombes, les mortels n’ont accès qu’à une infime partie de celles-ci. Elles s’étendent sur près de trois cents kilomètres. Et j’en ai fait aménager une partie afin d’y habiter. C’est très cossu, vous verrez.
  Le moteur s’emballa. La voiture avança de nouveau dans la nuit, éclairant la route de ses phares, tels la torche dont Charon éclaire les eaux funèbres du Styx. Cette comparaison n’était d’ailleurs pas totalement fausse puisque je m’apprêtais à quitter le monde des « vivants » (Paris en surface) pour visiter celui des morts (les Catacombes).
  Après plusieurs minutes de route, la voiture s’arrêta.
  – Nous y sommes, m’informa Stéphane.
  Il sortit de la berline, vint m’ouvrir la portière et m’aida à descendre du véhicule.
  – Où sommes-nous ? demandais-je.
  – A quelques pas de l’entrée de ma demeure. Cette appartement, me dit-il en m’indiquant un porte ouvragée typique des appartements parisiens du XIXe siècle, appartient à ma famille depuis plus d’un siècle. Elle donne accès à une partie des Catacombes dont même les plus grands cataphiles ignorent l’existence.
  – Quelqu’un habite dans l’appartement durant la journée ?
  – Seulement Hector et son épouse. Mais n’ayez crainte, leur famille est liée à la mienne par le sang. Lui et sa femme sont les Gardiens du Secret. Ils sont loyaux et ne nous chercheront noises.
  Je jetai un œil à Hector. A vrai dire, c’était la première fois que le regardais en face, sans être éblouie par les phares de la voiture. Il était grand, robuste et devait bien avoir la cinquantaine au vue de la toison grisâtre qui lui recouvrait le crâne. Alors même que je le fixai, il resta impassible. Il paraissait dur et froid mais les pattes d’oies qui ornait ses yeux bruns s’étirait en un regard complic. C’était un homme bon, loyal et honnête, comme il y en avait peu, ça se sentait à l’aura qu’il dégageait. Il me mettait en confiance.
  – Je suis heureuse qu’une personne telle que vous veille sur mon sommeil, Hector, dis-je au chauffeur.
  – Vous m’en voyez flatté, mademoiselle, dit-il en inclinant la tête respectueusement.
  Stéphane me prit par la main.
  – Ne tardons pas trop, Celia, le soleil se lèvera bientôt, dit-il.
  Hector nous devança et nous ouvrit la porte. Puis il se chargea de débarrasser Stéphane de sa veste. Nous allions prendre l’accès qui menait à ce qui semblait être une cave, lorsque le vampire se retourna.
  – J’oubliais… Hector, pourriez-vous demander à Helena de passer demain soir ?
  – Bien entendu, monsieur.
  – Très bien.
  Puis il se tourna vers moi.
  – Souffrez que je passe devant vous. Il serait fâcheux que vous tombiez dans les escaliers.
  – Mais je vous en prie, lui dis-je avec un petit sourire.
  Stéphane me tendit sa main et m’aida à descendre les marches qui menait à la cave. Ca et là, des cartons des divers outils métalliques dont j’ignorais le nom en ce temps – tels que les vélos – envahissait le petit espace. Au fond de la cave, ce trouvait une étroite porte métallique. Nous nous avançâmes vers celle-ci et Stéphane appuya sur un bouton lumineux situé à droite de la porte. Soudain, elle s’ouvrit en coulissant sur le côté. Devant ma stupéfaction, le vampire émit un petit rire.
  – Ce n’est rien, juste un ascenseur, m’informa t-il pendant que nous entrâmes dans le petit espace.
  – Un ascenseur ?
  – Oui. C’est un appareil électrique permettant de transporter des charges d’un étage à un autre sans que celles-ci ne se déplacent.
  – Je ne comprends rien de ce que vous dites.
  – Comment ?!
  – Cela fait trois siècles que j’étais en sommeil. Je ne sais rien de se qui s’est passé durant tout ce temps. Je pensais que vous le saviez.
  – Je l’ignorais totalement.
  – Alors comment ce fait-il que vous m’ayez trouver cette nuit ? Ne m’attendiez vous pas ?
  – Et bien non, mademoiselle. Je rentrais d’une course nocturne quand j’ai senti l’aura d’un vampire. J’ai donc demandé à Hector de m’emmener dans cette rue. Quelle fut ma surprise quand je vous vîtes, vous, Celia, devant ce cadavre de jeune fille !
  – Comment m’aviez-vous reconnu ?
  – Un portrait de vous était présent dans une ancienne demeure de ma famille. Il avait été envoyé en France par les domestiques d’Alexandre de Chartres, après la subite disparition de celui-ci, comme l’ensemble de ses biens.
  – Je comprends mieux à présent.

Après un léger soubresaut, l’ascenseur s’arrêta et la porte métalliques coulissa à nouveau. La pièce dans laquelle nous nous trouvions à présent était très sombre et étroite. Je compris bien vite que nous étions devant une porte de chêne massif. Stéphane la poussa et m’invita à entrez dans ce qui semblait être salon. Il était spacieux, blanc et fortement éclairé par un immense lustre de pierreries. Des cadres et autres tapisseries d’inspirations médiévales couvraient les murs. Une grande table rectangulaire en bois recouverte d’une nappe bordeaux trônait en son centre. Des sièges à haut dossier l’encadraient. Tout dans cette pièce, respirait le faste.
  La grande porte qui nous faisait face s’entrebâilla, laissant passer une petite femme aux allures de grand mère.
  – Bonsoir madame Cinot ! lança Stéphane à la vieille femme.
  – Ah, monsieur de Chartres, vous voilà de retour, je commençais à m’inquiéter, dit la femme sur un ton bienveillant.
  – Que vouliez vous donc qu’il m’arrive ? dit-il en souriant.
  Il se tourna vers moi et me présenta à la vieille femme.
  – Voici madame Elizabeth Cinot, la femme d’Hector. Elle s’occupera de vous. Si vous avez besoin de quoi que se soit, demandez lui. Madame, je vous présente demoiselle Celia, mon invitée, dit-il à madame Cinot. Veuillez lui montrer ses appartements, voulez-vous ? enjoignit-il la vieille femme.
  – Bien, monsieur.
  Après les politesses d’usage, elle m’accompagna dans la demeure souterraine. Nous entrâmes dans un large couloir et passâmes devant de nombreuses portes avant qu’elle ne s’arrêta.
  – Voici votre chambre, mademoiselle, me dit gentiment la femme.
  Elle ouvrit la porte et m’invita à entrer dans la pièce. C’était une chambre assez grande, aux murs nus, composée d’un grand lit à baldaquin, d’une armoire. Il y avait deux portes qui menait sûrement aux deux autres salles que m’indiqua madame Cinot : une salle de bain et un bureau.
  – Si vous souhaitez m’appelez, appuyez sur ce bouton, j’arriverai le plus vite possible, me dit-elle en me montrant une petite sonnette située à côté de la porte. Sur ce, je vous laisse, mademoiselle. Bonne… journée !
  – Merci bien.
  Je lui rendis son sourire. Elle me mettait autant à l’aise que son époux.
  Après que la porte eut été fermée, j’entrepris de me déshabiller pour enfiler une tenue plus légère. Je n’étais pas habitué à porter ce genre d’habit, notamment les bottes ferrées qui pesaient lourds. J’eu à peine le temps de mettre un chemise de nuit que l’on frappa à ma porte.
  – Qui est-ce ? demandais-je.
  – C’est moi, dit la voix de madame Cinot. Pouvez-vous m’ouvrir, j’ai les bras chargés.
  D’un seule enjambée je fut près de la porte et je tournai la poignée. La vieille femme était sur le seuil, tenant un  plateau argenté où était posé un verre et un mot. Son autre main était chargée d’une étui à guitare.
  – Monsieur Chartres m’a demander de vous apporter ceci.
  – Laissez-moi vous débarrasser, ce doit être lourd pour vous ! m’exclamai-je en avançant les bras pour les porter secours.
  – Ce n’est rien, je suis plus costaude que vous ne le penser !
  Elle posa le plateau sur la table de chevet et l’étui à guitare sur le lit.
  – Qu’est-ce donc ? demandai-je en regardant l’étui.
  – Votre épée. De nos jours, il est interdit de porter une arme blanche sur soi, même pour se défendre. Si vous voulez l’emporter avec vous dans la rue, mettez la dans cette étui, ce sera plus discret.
  – Très bien, merci pour vos conseils.
  Elle m’accorda un dernier sourire et repartit.  Je m’assis sur le lit et regardai le contenu du verre qu’elle m’avait apporté. Du sang ! Je pris le mot qui accompagnait le verre et y lu :

«      Chère Celia,

Je me suis permis de vous faire apporter un verre de sang. Ceci n’est pas n’importe quel sang, mais le mien. Il vous permettra d’assimiler toutes les choses que vous n’avez pu voir durant votre long sommeil. N’ayez crainte si après l’absorption de ce verre, votre esprit devient flou, c’est un effet normal. Il faut un certain temps pour que votre cerveau s’habitue à toutes les images qui vont se succéder dans votre tête. Un bonne journée de repos vous permettra d’y voir plus clair.

Bonne journée,


                                                                                                                              Stéphane.»


  Je souris. Quelle touchante attention de sa part. Je déposai le mot et pris le verre. Je portai le précieux liquide vampirique à mes lèvres et le bu à petite gorgée. Il était aussi bon que celui d’Alexandre, avec en plus un léger parfum exotique.
  Je reposai le verre sur le plateau et attendis. Rien ne se passa. Puis une affreuse migraine me pris la tête. Comme Stéphane me l’avait dit dans sa courte lettre, des flots d’images submergèrent mon esprit. J’y vis des guerres, des inventions, des révolutions. Un véritable capharnaüm pictural défila devant mes yeux ébahis. Puis plus rien. Le vide total. Mes paupières devinrent subitement lourdes et je sombrai, malgré moi, dans un sommeil sans rêves.
Par Beliath d'Eliancourt - Publié dans : Oeuvres personnelles
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Mardi 13 octobre 2009
a mort, en 1847, de la courtisane la plus prisée de la capitale, Marie Duplessis, émut la société mondaine parisienne. En 1848, Alexandre Dumas fils, un des amants de cette jeune femme, reprit l’histoire de la défunte pour en faire un roman, La Dame aux Camélias, œuvre romantique qui inspira par la suite nombre de ballets et opéras.

Après l’achat d’un livre ayant appartenu à la courtisane Marguerite Gautier, le narrateur fait la connaissance d’un jeune homme souhaitant récupérer cet objet. Se faisant connaître sous le nom d’Armand Duval, il conte au narrateur l’histoire qui le lie à la défunte.
Fils d’une famille respectable, Armand tomba éperdument amoureux de Marguerite Gautier, la courtisane qui faisait tourner la tête de tous les grands noms de la jeunesse dorée parisienne.
Touchée par les sentiments purs de ce garçon, Marguerite succomba à cette folie auquel elle n’avait jamais goûté : l’amour. Elle alla jusqu’à renoncer, pour Armand, à sa vie de péché et au luxe qu’elle lui procurait.
Mais l’idylle ne dura que quelques mois ; Marguerite lui écrivit une lettre dans laquelle elle disait qu’elle était désormais avec un autre homme, qu’elle avait repris sa vie de courtisane.
Trahi, blessé à vif par ce coup inattendu, le jeune homme fut submergé par ce sentiment qui remplace l’amour lorsque celui-ci est perdu : la haine. Il entreprend donc tout ce qui est en son possible pour faire souffrir Marguerite et la punir de sa sottise. Un plan machiavélique qui sera fatal à la jeune femme… qui gardera avec elle le douloureux et honorable secret de « trahison ».

Ce n’est pas tant pour l’originalité du récit que La Dame aux Camélias est intéressant, mais pour la richesse et la véracité des sentiments intemporels qui le parcourent. L’amour, la détresse, la tristesse et la haine d’Armand y sont peints de la façon la plus simple et la plus sensible. L’empathie agit de suite et l’on se laisse bercer dans ce récit, où l’on arrive aisément à prendre le rôle d’Armand, à ressentir ce qu’il ressent : sentir un sourire se dessiner sur nos lèvres lorsqu’il vécut son idylle, verser une larme lorsqu’il fut trahi… A bien y voir, on y retrouve les sentiments qui firent la renommée des Hauts de Hurlevent.
Par Beliath d'Eliancourt - Publié dans : Littérature & Art
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Jeudi 8 octobre 2009
’est en 1820 que le révérend père protestant Charles Robert Mathurin publia ce qui peut-être la dernière grande œuvre gothique littéraire.

Résum
é Melmoth serait une tâche ardue, si ce n’est impossible. C’est un livre-labyrinthe, où à travers de nombreuses histoires, on suit les pas de Melmoth, l’Homme errant, qui semble porter avec lui un infernal fardeau.
L’histoire débute avec la mort de d’un des descendants de Melmoth, lorsque le jeune John Melmoth découvre dans une pièce inhabitée du domaine le portrait de son ancêtre, qui lui fit un très vif effet.
Puis, lors d’un tempête qui fit échoué un bateau prêt des terres de sa famille, John Melmoth fais la connaissance d’un naufragé, Alonzo Monçada qui lui raconte, après avoir découvert l’identité de son hôte, sa propre histoire dans laquelle intervint l’Homme errant.

Avec ses lieux obscures, ses douleurs, ses souffrances et ses évènements fantastico-horrifiques, où l’innocence des protagonistes est sans cesse souillé par l’élément central de l’intrigue, Melmoth s’inscrit dans la droite lignée du roman gothique.
Cet œuvre fit un important effet chez les auteurs du XIXe siècle ; Baudelaire lui-même, fasciné par ce récit, voulu traduire ce livre afin d’offrir aux Français ce récit infernal.
Je ne pourrais en dire plus sur Melmoth ; ce pavé de plus de 600 pages ne se raconte pas, il est comme ses choses qui ne se comprennent véritablement que lorsqu’on les a expérimentées.
Par Beliath d'Eliancourt - Publié dans : Littérature & Art
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Lundi 21 septembre 2009

e ne sais combien de temps je restai ainsi sous terre, et peu m’importait de le savoir. De toute façon, je n’avais plus assez de force pour me creuser un passage vers la surface. Je m’étais éveillée après un long sommeil. Et la triste vérité me frappa au visage : je n’étais toujours pas morte malgré ma carence de sang. Adeline… elle me hantait toujours.
  Je ressassais mes douloureux souvenirs, maudissant la Mort de n’avoir point voulu de moi, lorsqu’un bruit quasi-imperceptible provenant de la surface me fit tendre l’oreille. Avec le manque de sang, mes pouvoirs avaient diminuer et je dus user de toutes mes ressources pour identifier le son. Un bruit métallique. La terre remuait légèrement. Quelqu’un creusait juste au dessus de moi, à l’endroit même où je reposais.
  Des voix. Je me concentrais davantage pour les entendre. C’était de l’italien, certes, mais différent. Comme si leur langage était composé de mots qui m’étaient inconnus et que la grammaire avait été simplifiée
  – Grouille-toi, bordel ! Les flics vont peut-être rappliqué d’un moment à l’autre ! dit une voix d’homme paniqué.
  – T’as qu’à creuser si t’es pas content ! répliqua un autre homme.
  La pelle se rapprochait dangereusement de ma cache. La panique me submergea.
  Je sentis une douleur aiguë à mon avant bras.
  – Hein ? Hé, viens voir, j’ai touché quelque chose, hurla l’homme le plus proche de moi.
  J’étais perdue ! Je ne pouvais plus bouger. J’allais être découverte. Soudain, je me sentis défaillir et peu à peu, je me remplis d’une énergie qui n’était pas la mienne. Je la reconnus trop tard. C’était la même énergie que dégageait l’entité bestiale qui avait pris le contrôle de mon corps lors du duel qui m’avait opposé à Alexandre. Elle prenait peu à peu possession de tout mon être. Ainsi, cette Bête – peu importe le nom que je lui donne – cette chose monstrueuse pouvait me contrôler en cas de danger immédiat pour ma personne ou si j’entrais dans une rage sans bornes ?
  Je sentis mon corps se lever de terre. Deux hommes me faisaient face. Leur accoutrement était fort étrange. Ils étaient tous deux vêtus d’une sorte de braie azur d’un tissu qui m’était inconnu, d’une tunique blanche pour l’un, noir pour l’autre, de chaussures aux formes fantaisistes et d’une veste de cuir noir. Leurs cheveux étaient coupés très court, tellement que l’on pouvait apercevoir distinctement leur crâne. Pourtant ce n’était pas de la calvitie vu leur jeune âge, une vingtaine d’années peut-être.
  Je m’élançais vers eux. Ou du moins, c’est ce que fit mon corps. Je n’étais que la spectatrice involontaire de cette scène.
  Ils hurlaient à se rompre les cordes vocales. Je les attrapais et les cognais au sol, les assommant du même coup. Mes crocs s’enfoncèrent dans la chair de l’un deux et je bus avidement le sang ainsi offert à ma gorge assoiffée. Ce sang, après cette éternité de jeûne, me fit autant d’effet qu’une gourde d’eau fraîche sous un soleil de plomb. Je sentis mes forces me revenir à chaque gorgée que j’absorbais. Lorsque j’eus fini avec ma victime, je m’abreuvai de son compagnon. Leur sang n’égalait pas celui de ma tendre Adeline – paix à son âme – mais il m’était suffisant pour recouvrer mes pouvoirs. Je sentis mes muscles desséchés se regonfler. Je retira ma bouche de la plaie, repue.
  Je regardais autour de moi pour contempler de nouveau mon environnement. J’étais dans la forêt où j’avais tenté de me laisser mourir, mais elle avait changer. Les arbres semblaient plus grands, plus larges, comme s‘ils avaient vieilli. Combien de temps étais-je donc resté sous terre ?
  Près du cadavres des deux hommes gisait celui d’une femme, emmaillotée dans un tapis. Je déroula le linceul tressé pour la contemplé. Elle était grande, très grande même. Je ne connaissais que les hommes du Nord pouvais faire cette taille et ils étaient rare. Mes deux victimes elles-mêmes étaient plus grandes que la femme. Elle semblait être blonde, mais on voyait la racine de ses cheveux, qu’elle était plutôt brune. Sa peau légèrement halée et son nez en bec d’aigle ne laissait aucun doute sur ses origines ottomanes. Sur son cou, un large trait violacé laissait penser qu’elle fut étranglée ; pur quelle raison, je l’ignore. Peut-importe, les deux hommes qui gisaient à mes pieds devaient sûrement être ceux qui lui avait subir ces tourments. Des pourritures !
  Je pris la femme et la déposai délicatement dans la fosse d’où j’avais surgi une minute auparavant. Qu’elle était légère ! Je l’enterrai avec toute la dignité qu’un humain puisse espérer, en me disant que si je n’avais pas eu la force d’enterrer mon aimée – qui avait sûrement dû être brûlée par le soleil au petit matin – je pouvais me rattraper avec cette jeune femme.
  Puis je pris mon épée et débitai les violeurs. Leur chair impure servirait à nourrir les loups.


  Les nuages qui flottaient dans les cieux empêchaient les mortels d’apercevoir, sous les rayons de la lune, cette forme étrange qu’était mon corps. Je volais en direction de Paris.
Au cours de mon sommeil séculaire, je m’étais questionner silencieusement sur ma nature. Qu’étais-je vraiment devenue ? Comment les autres vampires interagissaient avec les mortels ? Qui était la Genèse de tout ceci ? Autant de questions sans réponses pour l’instant que je souhaitais ardemment élucider. Personne à Venise n’aurait pût m’aider dans cette quête de savoir ; ils étaient tous alliés au Concilium et mon acte d’indépendance avait dû attiser leur colère. C’est pour cette raison que je me dirigeais vers la patrie des seuls autres vampires que je connaissais, Catherine et Alexandre : la France.
  Au bout de quelques heures de vol, la Ville des Lumières m’apparue. En cette nuit, sous l’éclat des milliers de lampes multicolores qui ressemblaient à des joyaux perdus dans une marée noire, ce titre dont Paris était affublée prenait tout son sens.
  Une immense tour dominait le paysage et diffusait sur les alentours sa lumière vive à la manière d’un phare. D’ailleurs que faisait donc un phare si loin des côtes ? J’appris plus tard que cet imposant monument s’appelait la Tour Eiffel et qu’il fut construit en 1889 par un certain Gustave Eiffel pour une exposition. Depuis, il est le symbole français le plus connu dans le monde.
  Je me posai dans une petite ruelle du 1er arrondissement, afin de goûter à la gastronomie française, si je puis m’exprimer ainsi. Même à cette heure tardive, les rues étaient encore occupées par des gens. Paris semblait aussi vivante la nuit que le jour. A moins que la présence d’un grand nombre de mortels lorsque l’astre solaire eut décliné depuis plusieurs heures déjà ne soit une spécificité de cette ère nouvel. Car le monde avait bien changé depuis mon « hibernation ». Je me rendis compte avec stupéfaction que ce sommeil avait duré bien plus longtemps que je ne l’eue cru : j’appris en lisant la date d’un journal qui traînait sur le pavé que plus de deux siècles me séparaient de l’époque où j’étais encore mortelle. Voilà quelques années déjà que le XXIe siècle avait commencé. Tout me paraissait étrange autour de moi : les lampes qui diffusaient une forte lumière sans avoir de bougies en leur sein, les voitures aux formes arrondies qui roulaient, tractées par des chevaux invisibles, … Une vraie vision de l’Enfer !
  J’aurais sûrement sombrer dans la folie si un bruit de pas ne m’avait pas refait prendre conscience. Quelqu’un s’approchait en titubant.. Je me cachai dans l’ombre d’une porte et attendis la venue de cette éventuelle proie. J’aperçus la silhouette d’une femme, d’environ ma taille. Au fur et à mesure qu’elle marchait je pus apercevoir son visage sous la lueur d’un lampadaire. Elle était jeune – sûrement moins de vingt ans – et était vêtue aussi étrangement que tous les mortels que j’avais croisé jusque là, mais en plus élégant. C’était à la fois moderne et raffiné. La jeune femme se tenait au mur pour marcher, tellement son état d’ivresse était important. De ma cachette, je pouvais sentir les effluves d’alcool qu’elle dégageait.
  Elle se rapprochait de moi. D’une seule enjambée, je me retrouvai derrière elle sans qu’elle ne s’en rende compte. Je la pris par la nuque et ramenai d’un coup sec son cou vers mes crocs. Le sang chaud, sucré et au goût encore alcoolisé se déversa dans tout mon être ; un pur délice.
  La jeune femme, s’affala contre moi, morte. Dans la Mort, elle n’avait émis aucun son, aucun gémissement.

Afin de me mêler plus facilement à cette nouvelle époque, je pris les vêtement de la demoiselle et les échangea avec ma robe qui tombait en lambeaux. C’était un look à la moderne et raffiné, un mélange étrange. Un haut noir bordé de pourpre, un corset en satin, une longue jupe et des bottes à talons métalliques. Un collier et un bracelet cloutés finissait de donner le ton à cet accoutrement pour le moins singulier. Avec l’épée du défunt Alexandre, qui était à présent la mienne, je ressemblais à une Amazone des temps modernes.
  Je m’apprêtai à partir lorsque je ressentis la présence d’une nouvelle personne. Mais l’odeur n’était pas celle d’un mortel…


AVERTISSEMENT : Ce texte est la propriété exclusive de son auteur, Beliath d'Eliancourt. Au regard de l'article L. 122-4 du Code de la Propriété Intellectuelle, toute copie, intégrale ou partielle de ce texte sans l'accord de l'auteur et ayant-droit est formellement interdite.

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Lundi 24 août 2009


l ne me restait plus qu’une nuit ; une nuit pour profiter de la compagnie d’Adeline et lui enseigner ce qu’elle devait savoir sur sa condition pour survivre dans ce monde. Je me doutais bien qu’aucun vampire n’apporterait son aide à l’Enfant d’une renégate.
  Elle n’était au courant de rien. Je ne lui avais rien dit sur la conversation qu’Alexandre et moi-même avions eu plusieurs heures auparavant.
  Demain soir, lorsque la nuit aura totalement recouverte la Cité des Doges, je devrai partir affronter la Mort. Qui eut cru que mon Eternité serait si courte ? Quoi qu’il en soit, j’acceptai mon destin et je me remis en tête ma priorité du moment : apprendre l’art de la chasse à mon Enfant.
  Je m’écartai délicatement d’Adeline, qui était toujours blottie dans mes bras.
  – Habillons-nous, dis-je. Votre éducation en tant que vampire commence présentement.
  – Ne pouvons nous pas reporter ma leçon à demain ?
  Ô comme j’aimerai pouvoir le faire. Hélas, les conditions actuelles ne me le permettent pas.
  – Non, Adeline. Maintenant, répondis-je sèchement.
  Nous nous vêtîmes de chaudement, afin de supporter au mieux la froideur de la nuit. Bien que nous ne risquions pas de tomber malades puisque nous étions mortes, le sang vampirique qui coulait en nous avait décuplé nos sens. Le froid comme le chaud étaient à présent ressentis d’une façon nouvelle, exacerbée.
  Nous escaladâmes l’immeuble jusqu’au toit et de là, contemplâmes la beauté de la nuit.
  – C’est merveilleux ! s’exclama Adeline. Tout semble vivant autour de moi ! Et regarde avec qu’elle faciliter de me déplace !
  Elle exécuta une série de sauts périlleux dans des postures humainement impossible.
  – Et cela, ma chère, n’est qu’un des nombreux pouvoirs de votre  nouvelle nature. Nous pouvons aussi voler ou encore lire dans les pensées, lui expliquai-je.
  – Fantastique !
  – Oui. Mais tous ces pouvoirs dépendent du sang. Notre existence même en dépend. Nous devons nous nourrir de sang afin d’être au mieux de notre forme.
  – Les vieilles légendes en parle… mais sommes nous obliger de nous en nourrir abondamment ? Je veux dire, sommes-nous obligées d’ôter la vie à un être vivant en lui prenant du sang ?
Sa voix tremblait. Elle avait peur. Tuer pour la première fois n’était certes pas chose aisée.
  – Hélas, oui, répondis-je, navrée. Nous avons besoin d’ingérer une énorme quantité de sang. Une quantité tellement importante qu’il est presque impossible à la victime d’en réchapper. Mais n’ayez crainte, vous vous y habituerez.
  – Ne pouvons nous nous nourrir d’autre chose ?
  – Non. Le sang vampirique à changer notre organisme et nous ne pouvons plus digérer ce que nous avalons.
  Elle était angoissée. Je le ressentais au fond de moi. Nous étions liées l’une à l’autre.
  – Venez, lui dis-je.
  Nous sautâmes de toits en toits, courant tellement rapidement que nos pieds frôlaient tout juste les tuiles.
  Venise était notre prairie pour cette nuit. Et toutes les âmes mortelles qui dormaient sous nos pieds ou batifolaient dans les tavernes étaient notre bétail.
  Je comprenais aisément l’angoisse qui saisissait Adeline. J’avais moi-même eu du mal à me faire à l’idée que je devais prendre une vie pour que je puisse « vivre », si tant que je puisse considérer mon existence comme étant une forme de vie. Pardonnez-moi, mais la langue française ne possède aucun mot pouvant qualifier l’état des vampires. Sûrement parce que les dictionnaires furent écrits par des personnes bien vivantes.
  Cet acte, tuer, était horrifiant mais nécessaire. Et je le sus bien vite. J’étais dans le même état de trouble qu’Adeline lors de ma première nuit en temps qu’Enfant des Ténèbres. Mais lorsque le sang coula dans ma gorge, ce trouble s’annihila définitivement.
  Comment décrire les sensations dû à l’absorption de sang ? Pour vous autres mortels, le sang à un goût, disons, métallique. Pour ma race, c’est différent. Le sang à un parfum doux et sucré lorsqu’il titille le palais. Un délice ! Et cette sensation change selon l’individu. C’est pour cela que les mythes rapportent que nous raffolons des vierges. Leur sang est le plus pur, car il n’est pas souillé. Celui des drogués et des malfrats est tout aussi délicieux. Un sentiment d’euphorie et de puissance nous embaumes lorsque leur liquide vital emplit chacune de nos veines et réchauffe notre corps.
  Mais le plus merveilleux était sans aucune doute le profond sentiment de paix qui suivait notre repas. La Paix, tellement palpable qu’elle éclipsait de notre conscience l’horrible crime que nous avions précédemment commis. Nous n’obtenons la paix que dans le crime. Le meurtre est la libération et le fardeau des vampires… et il sera bientôt celui d’Adeline.
  Nous étions arrivées au dessus d’une ruelle où s’entassaient quelques tavernes et bordels.
  Ici, les gens étaient souvent ivres et il serait donc facile pour Adeline d’attraper une proie.
  – Regardez en bas, dis-je à mon élève.
  Un ivrogne, vraiment éméché, essayait de soulever la jupe d’une catin qui était, à l’odeur de rhum qui émanait d’elle, aussi ivre que son compagnon.
  Je sautai du toit et atterris sans un bruit à quelques pas du couple. Adeline me rejoignit.
  Mis à part nous et le couple, la ruelle était déserte. Les bruits provenant de la taverne voisine seraient assez puissants pour couvrir les râles d’agonie de nos proies.
  – Adeline, chargez-vous de la fille, je m’occupe de l’homme.
  – Bien, Ma Celia chérie !
  Nous nous avançâmes vers le couple de façon peu discrète afin que celui-ci nous repère.
  – Bordel de p’tain de Dieu ! Ma foi, mes d’moiselles, vous êtes bien bonnes ! Moi, j’vais vous envoyer au septième ciel avec mon crotale ! beugla l’homme en se tripotant les parties génitales, qui dépassaient déjà de ses braies.
  Moche, porté sur la bouteille, et d’une vulgarité sans bornes. Voilà donc pourquoi ce gueux devait recourir aux filles de petites vertus pour combler ses appétits sexuels.
  Je le pris dans mes bras et le serrai contre ma poitrine.
  – Je n’en doute pas bel étalon, lui dis-je avec une œillade. Moi aussi je vais t’envoyer au Ciel.
  – Ouais ! balança t-il, le regard fixé sur mon décolleté.
  Je l’embrassai vigoureusement, essayant de ne pas vomir de dégoût au contact de ses lèvres.
  Puis je fis descendre mon baiser jusqu’à sa gorge, où la jugulaire, gonflée de sang, m’appelait tel le Fruit de la Connaissance qu’Eve regardait avec tant d’envie. Les crocs percèrent la chair et le sang me remplit la bouche.
  L’ivrogne succomba sans un râle, la tête affaler sur ma poitrine.
  – Désolé, je ne pense pas que nous parlions du même Ciel, vous et moi, soufflai-je au cadavre.
  Je relâchai le corps et me tournai vers Adeline et la catin afin de voir comment elle se débrouillait
  Ma compagne nocturne buvait doucement le sang de sa proie, qui gémissait… de plaisir !
  Je remarquai qu’Adeline avait passer sa main sous la jupe de la fille. J’étais exaspérée. Décidément, le Don Obscur n’avait pas amoindri sa perversité, loin de là.
  Un bruit mat m’indiqua que mon Enfant avait fini de jouer avec sa proie et était repue.
  – Ah que c’est bon ! s’exclama t-elle avec l’air d’une petite fille gourmande.
  « Parle pour toi » me dis-je intérieurement.
  Nous repartîmes vers notre demeure, emmenant les corps avec nous afin de les jeter dans la Grand Canal.
  – Tout compte fait, c’était bien plus facile que je ne l’eus pensé, me déclara Adeline lorsque nous étions revenues dans son appartement.
  – Oui, et maintenant, comment te sens-tu ?
  – En paix et heureuse, pour je ne sais quelle raison.
  Et j’espérais de tout cœur quelle le resterai le plus longtemps possible. J’aimais la voir heureuse, et je savourais ce moment avec encore plus d’intensité qu’auparavant. Car demain soir, je ne pourrais plus jamais la revoir. A cette terrible idée, je la serrai contre moi le plus fort que je pouvais et je ne pus retenir plus longtemps mes larmes.
  En fait, la Mort n’est pas si effrayante que cela. C’est le fait d’abandonner ceux qu’on aime qui est le plus difficile à accepter.
  – Pourquoi pleures-tu ? me demanda t-elle.
  Je ne lui répondit pas ; « Heureux est celui qui vit dans l’ignorance… ». D’un côté cette maxime chrétienne n’est pas si fausse qu’elle en a l’air. C’est simplement la forme archaïque pour dire « Ce que l’on ignore ne peut faire de tort ».

  Adeline dormait encore profondément lorsque je partis pour le nord de Venise, là où l’existence de Catherine, la défunte Enfant d’Alexandre, avait prit fin.
  J’avais déposé un petit mot à son attention, avant de m’en aller pour la Mort :

  « Ma chère et tendre Adeline,

Je te remercie pour tout ce que tu m’as donné et je sais que jamais je ne pourrais t’être redevable. 
Je damnerai mon âme pour rester ne serait-ce qu’une nuit avec toi, sache le bien, mais je dois te laisser, hélas, car mon destin m’appelle.
Tu resteras dans mon cœur pour l’éternité.


Ton aimée, qui te chérira jusque dans la Mort,


                                                                                                                   Celia. 10 janvier 1788 »


 Si peu de mots pour lui dire à quel point je l’aimais. J’étais honteuse de ne pas lui avoir écrit un lettre digne de ce nom. Mais le cœur n’y était plus.
  Armée d’une épée volée chez un armurier, je parcourus l’étendue de maison qui me séparait de la clairière où le duel entre Alexandre et moi allait se dérouler.
  J’étais certaine de périr lors de cet affrontement et pourtant je ferais de mon mieux pour faire souffrir le plus possible Alexandre. Car ce n’était pas pour moi qui je me battrai, mais pour Adeline.
  A la lueur de la lune je pouvais déjà les apercevoir. A côté du bûcher, mon adversaire attendait, fièrement appuyé sur la pommeau de son épée. Epée qui d’ailleurs, était bien plus robuste que la mienne. C’était une lame archaïque et solide, comme seuls les anciens forgerons savaient les faire. Une relique du temps où Alexandre était encore un seigneur mortel. 
  A quelques mètres derrière lui étaient postés quatres vampires du Concilium qui serviraient de témoins.   J’atterris en douceur et laissai tomber ma cape à mes pieds, révélant ma lame mortelle.
  – Je suppose que si tu te présentes à moi ainsi armée, c’est que ta protégée est encore de ce monde, n’est-ce pas ? me demanda Alexandre
  – En effet, lui répondis-je. Et je jure sur mon âme et mon honneur que temps que je n’aurais pas rejoins Hadès, elle le restera !
  – Si tu le dis, ma belle Enfant.
  – Je ne suis l’Enfant de personne désormais ! éructais-je.
  – Ca, c’est à moi de le décider ! hurla Alexandre, le visage déformé par la colère.
  Nos lames s’entrechoquèrent tellement violemment que nous fîmes projetés à plusieurs mètres l’un de l’autre.
  Je me relevai d’un bond et repartis à l’assaut.
  Un trio de corbeaux planaient dans le ciel, décrivant un  cercle parfait au dessus de nous puis se posèrent dans les arbres environnant et poussèrent de longs croassement . Ils sentaient la divine odeur de la viande. Du haut de branches, ces funestes oiseaux noirs étaient les spectateurs privilégiés du ballet macabre qui se déroulait en dessous d’eux. Nous étions des acrobates dansant sous la Déesse-Lune en formant des figure esthétiques avec nos lames. Qui eu cru qu’une telle violence put engendrer une telle grâce ?
  Je ne sais combien de temps nous luttâmes ainsi, Alexandre et moi. Il me semblait que cela faisait une éternité, car je sentis mes forces faiblir.
  Il était trop rapide et, de son temps, l’art de la guerre était enseigné à tous les fils de seigneurs tel que lui.
  D’une balayette, je m’écrasai contre le sol, épuisée.
  – C’est donc ainsi que tu meurs, Celia ? lança t-il d’un air moqueur. J’aurais cru que tu aurais plus de vaillance, que la vision de ta compagne brûlée sur le bûcher comme le fut Catherine t’aurais rendu plus forte, ou du moins t’aurais donné la force du désespoir.
  D’un coup de pied, il fit voler mon épée au loin. Puis il se pencha pour me souffler :
  – Je me ferai un plaisir d’allumer moi même le brasier qui consumera Adeline.
  Folle de rage, je tentai de me relever, mais un coup de botte d’en la figure me remis tête contre terre. Du sang s’écoula de la bouche et de mon nez, rendant le sol boueux.
  Je vis le bras d’Alexandre se lever, près à abattre sa lame contre ma gorge. Je ferma les yeux. J’avais peur. Celui qui dit ne pas avoir peur de mourir est un idiot fini, un sacré menteur et un frimeur. Même moi, qui savait que la Mort n’était rien d’autre que le néant, j’étais effrayée. Car qu’est-ce que le néant, si une marrée de ténèbres où nous n’éprouvons plus rien ; plus de souffrances, plus d’amertume, plus de mélancolie, mais aussi plus de joie, d’amour, le simple bonheur de parcourir les étendues de ce monde-ci. A bien y réfléchir, voilà qui est le plus effrayant dans le Mort : ne plus ressentir !
  Le bruit de l’acier sifflant dans le vent. Un bruit de chair déchirée. Un hurlement de rage.
  Je rouvris les yeux. J’étais maculée de sang. mais ce n’étais pas le mien. C’était celui du corps tranché en deux qui était sur moi, de la personne qui avait protégé ma gorge de la lame meurtrière.
  Je mis un certain temps avant de reprendre mes esprits. Que c’était-il donc passé ? A qui était ce corps ? Je ne le sus que trop vite. A quelques pas de moi gisait le reste du cadavre. Une chevelure rousse recouvrait le visage de la demoiselle sacrifiée. Une lettre taché de sang était toujours étreinte par ses doigts. Ses yeux, d’un vert éblouissant, étaient écarquillés, comme si la défunte avait été frappée d’une vision d’horreur avant de mourir.
Adeline ! C’était son sang qui tachait ma tunique et se yeux qui me fixait avec tant d’effroi.
  Je réagis au quart de tour. D’un bond je sautai au dessus d’Alexandre. Tout semblait figé autour de moi. Je saisis son arme et d’un coup sec, je le décapitai. La scène défila au ralentit. Je peux encore apercevoir cette vision à la fois horrifique et délicieuse : l’acier pénétrant la chair, sectionnant les tendons et les veines, puis tranchant l’os, avant de ressortir par l’autre extrémité du cou. La tête d’Alexandre roula à mes pieds.
Je fis subir le même sort aux autres vampires.
  Je n’arrivais plus à me contrôler. Ce n’était pas moi qui guidait ma lame, qui fendait ces corps en deux. C’était ce que certain appelle le Dragon, la Bête ou l’Ombre ; la part de bestialité primaire que renferme chaque être en son sein. Mais chez les vampires, cette entité primitive était bien plus monstrueuse. Elle voulait du sang, encore, toujours. Elle n’en avait jamais assez ! Voilà donc la véritable essence de notre race. Voilà ce qui rendait Alexandre si hideux lorsqu’il était énervé.
  Je réduisis le corps du vampire en bouilli de chair, frappant sans relâche le corps inerte de mon adversaire ! Les témoins voulurent m’empêcher de continuer, arguant que cela n’étaient pas réglementaire. Sans même réfléchir – mais y pouvais vraiment dans l’état où j’étais ? – Je m’attaqua à eux. Sans armes, ils ne firent pas long feu et rejoignirent mon ancien Maître dans l’au-delà.
  Je mis le feu aux corps. Et vint le tour d’Adeline. A la vue de son corps mutilé, de ses yeux écarquillés, je repris d’un coup mes esprits et me rendis compte de l’horreur de ma situation. J’avais tué mon maître et perdu ma seule raison de vivre, la personne pour qui j’avais combattu, Adeline.
  La tête me tournait. J’allais devenir folle.
  J’errais dans la forêt, telle une coquille sans âme, m’aidant de l’épée de feu Alexandre pour marcher.
  Je fus prise de vertige. Adeline, morte. Son visage. Son sang. Ses yeux !
  Je m’écroulai. Je souhaitai ardemment la Mort. Je restai immobile, dans cette forêt, durant plusieurs saisons, la tête totalement vide. Les fouilles, touffues, empêchèrent le soleil e faire son œuvre. Lorsqu’elles tombèrent à l’automne, elle me recouvrirent puis vint la boue dès l’hiver. Ma soif grandit, mais je ne voulais plus boire de sang, je voulais rejoindre le néant.
  Je sombrai dans un sommeil sans rêves qui, je l’espérai, m’emmènerait dans la Vallée des Ombres.


                                                                                         FIN DU LIVRE PREMIER


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Par Beliath d'Eliancourt - Publié dans : Oeuvres personnelles
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